« L’ordre libertaire : La vie philosophique d’Albert Camus » de Michel Onfray – 2ème Partie

1Le meilleur du livre d’Onfray se situe dans ce long chapitre sur la guerre civile en Algérie. On y voit un Camus poignant, luttant de toutes ses forces pour tenter de trouver une issue, une sortie de crise possible. Las, après avoir été lynché médiatiquement, Camus meurt le 4 janvier 1960, sans avoir vu l‘issue du conflit. Cela ne l’empêchera pas de prédire dans ses écrits avec une grande justesse ce qu’il allait advenir en cas de victoire du FLN en Algérie. Ce conflit en Algérie fût un véritable crève cœur pour un penseur qui se vivait davantage comme un Africain du Nord plutôt que comme un Européen. C’est suffisamment fort pour être noté. Comment Camus a-t-il pensé et vécu la guerre civile ou guerre d’Algérie ? Sur la question algérienne, Camus a été sali, caricaturé, méprisé et le pire de tout ignoré quant à ses propositions. Il fût toujours opposé au système colonial. Le colonialisme est « une œuvre dont aujourd’hui nous ne sommes pas fiers ». Il dénonce les injustices faites aux arabes et se bat en tant que journaliste et écrivain pour plus de liberté, plus d’humanité. Un journalisme qu’il conçoit comme une éthique, un combat politique et un engagement philosophique de tout les instants. « Le régime de travail en Kabylie est un régime d’esclavage » écrit Camus en mesurant le poids des mots. Un régime d’esclavage imposé par la métropole en Algérie. La critique est sans appel.

Il faut bien saisir ceci, il pense la guerre en Algérie comme une guerre civile en Afrique, et 4non pas comme un mouvement de libération nationale emmené par le FLN. Pourtant, parce qu’il n’a pas comme Sartre, entre autres, soutenu le FLN, certains ont laissé croire qu’il embrassait la cause de l’Algérie française. C’est un mensonge éhonté. Parce que cette terre porte une multitude de communautés et de peuples, des religions différentes, Camus ne souhaite pas une indépendance de la nation Algérienne. Il lui aurait préféré une fédération de communauté concrète et pragmatique. Une « Algérie constituée par des peuplements fédérés et reliée à la France () » Un projet fédéraliste, laïc et pragmatique qui s’oppose de fait au souhait du FLN nationaliste, religieux et idéologique. Son Algérie est multiple et non exclusivement arabo-musulmane. Son grand rêve, que l’on réalise un véritable «  Commonwealth français ».

3281904Camus veut le dialogue. Il en appelle à l’État : on ne répond pas au terrorisme nationaliste algérien par le terrorisme légal de l’État français. Il le répète inlassablement, avant la seconde guerre mondiale, après Sétif (de 1945 à 1954), puis après la Toussaint rouge (1954) et les massacres de Philippeville (1955), mais la guerre continue de plus belle avec en septembre 1956 les attentats d’Alger et en mai 1957 les massacres de Melouza. La politique de terreur du FLN se poursuit pour asseoir leur hégémonie chez les arabes. Camus critique les deux terreurs : celle du tortionnaire français, celle du poseur de bombe algérien.

C’est dans ce contexte qu’il obtient, en octobre 1957, le prix Nobel qui lui est remis en Suède le 10 décembre de la même année. Nous sommes le jeudi 12 décembre 1957, à la maison des étudiants de Stockholm, Camus accepte une rencontre plutôt qu’une conférence. Un urljeune Algérien l’interpelle : « vous n’avez rien fait pour l’Algérie (). L’Algérie sera libre ! ». Camus lui répond : «() J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice ». Cette dernière phrase va tuer Camus. Un journaliste du Monde relaie l’information et tous du Monde et son patron ancien pétainiste Hubert Beuve Méry à Beauvoir, tous tiennent là l’occasion de salir Camus là même où il est le plus irréprochable : son combat pour la justice.

Ps : Je viens de franchir la barre des 100 000 visiteurs en un peu moins de trois ans de présence sur wordpress. Un grand merci à toutes et à tous ! Vous faites vivre ce blog et moi de continuer l’aventure de ce dernier créé en juin 2007 ! Turgarez vras d’an holl ! Frédéric.

Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a "Combat" en 1945    --- Albert Camus (1913-1960) french writer here in 1945 in in office at paper "Combat"

Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a « Combat » en 1945 — Albert Camus (1913-1960) french writer here in 1945 in in office at paper « Combat »

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« L’ordre libertaire : La vie philosophique d’Albert Camus » de Michel Onfray – 1ère Partie

1L’Histoire : Pour mettre fin à une légende fabriquée de toutes pièces par Sartre et les siens, celle d’un Camus « philosophe pour classes terminales », d’un homme de gauche tiède, d’un penseur des petits Blancs pendant la guerre d’Algérie, Michel Onfray nous invite à la rencontre d’une œuvre et d’un destin exceptionnels. Né à Alger, Albert Camus a appris la philosophie en même temps qu’il découvrait un monde auquel il est resté fidèle toute sa vie, celui des pauvres, des humiliés, des victimes. Celui de son père, ouvrier agricole mort à la guerre, celui de sa mère, femme de ménage morte aux mots mais modèle de vertu méditerranéenne : droiture, courage, sens de l’honneur, modestie, dignité. La vie philosophique d’Albert Camus, qui fut hédoniste, libertaire, anarchiste, anticolonialiste et viscéralement hostile à tous les totalitarismes, illustre de bout en bout cette morale solaire.

2Michel Onfray ne laisse pas indifférent c’est une certitude et ce nouveau livre sur « L’ordre libertaire : La vie philosophique d’Albert Camus » en est une preuve supplémentaire, à l’heure ou d’aucun crie déjà au sacrilège. Après s’en être pris à la religion puis à un autre Totem contemporain à savoir Freud, le voici cette fois-ci vibrant défenseur d’un homme, Albert Camus, qui le mérite amplement pour son œuvre et son action tout au long de sa vie. Dès les premières pages, on mesure toute l’émotion d’un Michel Onfray évoquant les années de jeunesse et l’univers dans lequel grandit Albert Camus. Ce dernier est évoqué avec pudeur par un Onfray qui trouve ici enfin, un homme, un philosophe à la hauteur des exigences morales et intellectuelles de son temps. Camus, c’est l’Afrique du Nord, l’Algérie plus précisément, un milieu très modeste (qui n’est pas sans rappeler celui de l’auteur). Sa mère, Catherine Camus était femme de ménage, son père Lucien Camus était ouvrier agricole. Lucien meurt à la guerre en Octobre 1914, à la bataille de la Marne, Camus n’avais que huit mois et le voici pupille de la nation. Un père qui méprise la guerre, qui a le tropisme de la justice et la haine de la barbarie, de la torture, des idées défendues par son fils Albert Camus toute sa vie durant. Camus, c’est la volonté de dépasser le nihilisme européen par une philosophie affirmative, la réflexion par delà le bien et le mal « (…) l’acquiescement à la vie jusque dans sa négativité ». Il rejoint l’ontologie radicalement immanente d’un certain Nietzsche : « Ce qui ne me tue pas me fortifie » (extrait du Gai Savoir). Camus est un philosophe existentiel et non existentialiste comme on le pense trop souvent.

3Pourtant, Camus ne se définit pas en tant que philosophe en ce sens ou comme il l’écrit : « Je ne suis pas un philosophe. Je ne crois pas assez à la raison pour croire à un système. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment il faut se conduire. Et plus précisément comment on peut se conduire quand on ne croit ni en Dieu ni en la raison ». Il écrira ces mots si forts qui condensent en quelques lignes toute sa pensée philosophique : « Au plus noir de notre nihilisme, j’ai cherché seulement des raisons de dépasser ce nihilisme. Et non point d’ailleurs par vertu, ni par une rare élévation de l’âme, mais par fidélité instinctive à une lumière où je suis né et où, depuis des millénaires, les hommes ont appris à saluer la vie jusque dans la souffrance ». Qu’ajouter de plus sinon que ce combat Camus le poursuivra toute sa vie durant. La mort infligée : le meurtre, l’assassinat, la mise à mort d’un autre ou de soi, tel est le thème de l’œuvre complète du philosophe Camus. Le combat politique unique de sa vie, c’est la lutte contre toutes les peines de mort. Onfray explique, détaille avec le soucis tout comme Camus en son temps, d’être lu et compris afin d’aider à exister, à être. Un Albert Camus qui écrira ainsi : « Ceux qui écrivent obscurément ont bien de la chance : ils auront des commentateurs. Les autres n’auront que des lecteurs, ce qui, paraît-il est méprisable ». L’ouvrage de Michel Onfray éclaire d’un jour nouveau l’œuvre de Camus. Elle nourrit durablement l’homme en quête d’espérance en ces temps de nihilisme.

Ce mépris, Albert Camus le ressentira toute sa vie. La naissance dans un monde où les idées 4n’existent pas fit du philosophe reconnu internationalement un illégitime, un personnage jamais sûr de lui, nulle part certain de son talent. L’orgueil du pauvre n’a rien à voir avec la vanité de l’héritier : le premier n’a que sa fierté pour ne pas sombrer, le second sombre de n’avoir pas de fierté, pantin juste animé par le sentiment d’avoir été naturellement élu. Onfray exprime ici une idée qui à mon sens est importante. Camus n’est pas Sartre.. ou tant d’autres. Chez Camus, il y a toujours chevillé au cœur et au corps cette vocation à l’éducation populaire, à l’usage politique du théâtre, au partage du savoir et de la culture qui sont autant d’armes pour l’émancipation des êtres. Camus admire André Malraux écrit Onfray et ce dernier dans son ouvrage de souligner, tout au long de ce récit passionnant, son attachement aux combats et à l’homme Albert Camus. Un Camus qui devait ne jamais cesser de rappeler à quel point son professeur de philosophie Jean Grenier a été important dans son parcours et ce malgré les errements de ce dernier durant la seconde guerre mondiale. Onfray est profondément touchant lorsqu’il décrit, avec la précision dont il est coutumier, cette vie philosophique du prix Nobel 1957.

Camus est contre tous les totalitarismes, contre les nations et le nationalisme. C’est au fond un anarchiste pragmatique comme Proudhon. « L’homme révolté » publié en 1951, est le grand livre anti-totalitaire et antifasciste dans un temps où la plupart des intellectuels communient dans le totalitarisme marxiste léniniste. Le caractère anticapitaliste et anticommuniste de l’ouvrage lui vaut des inimités de la gauche, de la droite et des extrêmes bien sûr. Dans ces moments, rares sont ceux qui le soutiennent, on peut citer René Char qui lui écrit une très belle lettre d’amitié citée en son intégralité par Onfray. La solitude de celui qui sait que la violence ne rime à rien, la patience de celui qui doit endurer les sarcasmes de cette élite vitupérante et haineuse, la maladie (tuberculose), le Camus d’Onfray a quelque chose de Christique.. Camus écrit ceci : «  Je sais cela de science certaine, qu’une œuvre d’homme n’est rien d’autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l’art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le cœur, une première fois, s’est ouvert ». Qu’ajouter de plus.

Le récit de cette vie philosophique est aussi l’occasion de battre en brèche les idées reçues (et elles sont nombreuses) sur Albert Camus et ses idées. Camus n’est pas social démocrate mais il incarne le socialisme libertaire héritier de Fernand Pelloutier (1867-1901). Pour Camus, la grande révolution ce n’est pas 1789 mais bien la Commune (du 18 mars au 28 mai 1871). Les libertaires sont les anarchistes de l’anarchie. Camus est l’un d’entre eux. Dans son« Caligula », il dépeint le tyran comme l’homme du pouvoir absolu. Le libertaire est celui de la puissance contenue par une éthique, celui qui s’empêche. Cette puissance contenue par une éthique se nomme l’ordre libertaire.

Pour conclure cette première partie de ma réflexion sur le livre de Michel Onfray, je citerais Camus qui écrit ceci de très beau : « Il n’y a ni Europe, ni fédération française, sans une France consciente de ce qu’elle est. L’unité est d’abord une harmonie de différences ». A méditer.

Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a

Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a « Combat » en 1945 — Albert Camus (1913-1960) french writer here in 1945 in in office at paper « Combat »

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Histoire et Mémoire

1L’Histoire :  » Deux mille ans de culpabilité chrétienne relayée par les droits de l’homme se sont réinvestis, au nom de la défense des individus, dans la mise en accusation et la disqualification radicale de la France. Et l’école publique s’est engouffrée dans la brèche avec d’autant plus d’ardeur qu’à la faveur du multiculturalisme elle a trouvé dans cette repentance et ce masochisme national une nouvelle mission. Après avoir été le vaisseau pilote de l’humanité, la France est devenue ainsi l’avant-garde de la mauvaise conscience universelle. Lourde rançon. Singulier privilège. « 

Cet opuscule est l’œuvre de Pierre Nora, grand historien et président de « Liberté pour l’histoire » ainsi que de Françoise Chandernagor, écrivaine de romans historiques, vice présidente de cette même association. « Liberté pour l’histoire » est opposée aux lois mémorielles. Nora part du postulat suivant, l’histoire n’étant ni une religion, ni une morale, elle ne doit pas être l’esclave de l’actualité ni s’écrire sous la dictée de la mémoire. La politique de l’État n’est pas la politique de l’histoire. Vaste débat ô combien passionnant et potentiellement explosif tant chacun, historien ou non, semble avoir son avis sur la question. «  (…) l’extension de la loi Gayssot et la généralisation de la notion de crime contre l’humanité (…) » ont conduit à une « double dérive : la rétroactivité sans limite et la victimisation généralisée du passé ». Pour l’historien Pierre Nora, on assiste à une « criminalisation généraleauschwitz du passé » avec des hommes politiques souhaitant décider « par la loi d’une vérité historique ». Or, ce n’est pas à la loi d’écrire l’histoire, au risque de transformer celle-ci en « une longue suite de crimes contre l’humanité ». Nora parle de la « toute puissance de l’hégémonie mémorielle » utilisée à des fins « intéressée, abusive et perverse ». Nous sommes dans une « ère de la commémoration ». On utilise ainsi la mémoire pour réinterpréter le passé. Ce « jugement sur le passé au nom de la mémoire mène tout droit à l’abolition de toute forme d’esprit et de raisonnement historiques ». La morale a contaminé la mémoire et « la mémoire a mangé l’histoire ». Une histoire qui est « entièrement réécrite et jugé du point de vue des victimes et des vaincus est une négation de l’histoire ». Conséquence de tout cela, l’œuvre de repentance fait feu de tout bois, fruit de « deux milles ans de culpabilité chrétienne relayée par les droits de l’homme (… ) » qui « au nom de la défense des individus » (…) a mis en accusation la France. Cette dernière est devenue « l’avant-garde de la mauvaise conscience universelle ».

3Attachons nous à présent au point de vue défendu par Françoise Chandernagor. Le récit national a volé en éclats face « aux pressions contraires, mais simultanées, de la mondialisation et du communautarisme () » Un récit officiel qui pouvait être complété ou contesté. On ne l’imposait pas aux universitaires, aux chercheurs etc. Ainsi par exemple « l’histoire de la révolution, (…) était déjà un champ de bataille entre historiens ». Aucun historien ne risquait la prison. On « ne reconnaissait (…) à aucune autorité savante le pouvoir d’établir et de dire le vrai ». Ce récit national a laissé la place à des « histoires catégorielles » longtemps refoulées. L’Histoire n’est plus alors l’histoire d’une collectivité. La nouvelle histoire met l’accent sur la repentance, sur la diversité mais surtout ce nouveau récit passe par la loi. On assiste à « une relecture de notre passé à la lumière du présent » ainsi qu’à « sa réécriture avec les mots d’aujourd’hui ». La loi Gayssot en 1990, établit le délit de « contestation » (et non de « négation ») des jugements de Nuremberg et des jugements2 ultérieurs en France. C’est une loi relative aux crimes et génocides commis par les chefs nazis jugés à Nuremberg. La loi Taubira de mai 2001 s’intéresse à la seule traite négrière transatlantique et à l’esclavage qualifié de crime contre l’humanité. Ces concepts de « génocide »(créé en 1944 par le philosophe Raphael Lemkin pour définir les crimes de l’Allemagne nazie) et de « crime contre l’humanité » (reconnu dans le droit international en 1945 par le tribunal militaire de Nuremberg) sont récents. Françoise Chandernagor insiste sur cette idée de jugement du passé par la loi, en lui appliquant des notions morales et juridiques d’aujourd’hui (le risque d’anachronisme est alors grand). Et l’auteure de conclure que dorénavant les historiens sont placés sous la tutelle des juges.

Au final, on obtient un texte fort et engagé qui a le mérite de nous faire réfléchir sur notre relation au passé, à l’histoire, à la mémoire. A compléter bien évidemment par d’autres lectures.

313DP3DCADL._SY344_BO1,204,203,200_L’Histoire : Entre toutes les nations occidentales, la France se singularise par le nombre de ses lois  » mémorielles « . Depuis la loi Gayssot, votée en 1990 pour punir le négationnisme, le Parlement a édicté tour à tour des lois relatives au génocide arménien, aux traites négrières transatlantiques, puis à la colonisation. Singulier dispositif législatif, sans précédent, qui transforme des jugements historiographiques en délits ! Dans un but certes louable, les parlementaires ont ouvert ce qui se révèle être une terrible boîte de Pandore. Verra-t-on bientôt les chercheurs choisir leur sujet en fonction de son innocuité ? Comment en est-on venu là ? De quelles complexes transformations de la mémoire nationale est-ce le résultat ? Les démocraties compassionnelles que sont devenues nos sociétés veulent-elles réellement un avenir où la vérité serait proférée par l’Etat ? La communauté des historiens s’est légitimement émue de cette situation. Aussi René Rémond a-t-il pris la tête d’une association réclamant l’abrogation de toutes les lois mémorielles. Toutes ? Il s’en explique ici, en menant une réflexion ouverte sur le métier d’historien, sur la politique identitaire à l’œuvre dans notre pays, sur les rapports de la mémoire et de l’histoire, sur la communauté nationale.

« Quand l’État se mêle de l’histoire » est signé du regretté René Rémond, historien et urlpolitologue (spécialiste de l’histoire des droites). Il écrit notamment dans son article « L’histoire et la loi », que les lois mémorielles relèvent davantage « de l’émotion que de la raison ». Elles n’ont aucune légitimé scientifique et sont le fruit de la confusion entre « mémoire » et « histoire ». L’histoire se retrouve « pris en otage » par des aspirations communautaristes « religieuses ou ethniques » qui souhaitent se servir de l’histoire pour « faire prendre en considération par la communauté nationale leur mémoire particulière (…) ». On peut ainsi parler d’une volonté assumée d’instrumentaliser l’histoire à des fins électoralistes. Résultat de cette basse manœuvre, la mémoire collective se fragmente. « La prolifération de ces législations particulières et l’exaltation de ces mémoires plurielles risquent de conduire à la désintégration de la mémoire nationale ». L’actualité l’emporte désormais sur l’historicité.

5René Rémond pense également que imprescriptibilité des crimes contre l’humanité impose un devoir de piété à l’intention des victimes. Le devoir de mémoire peut là aussi diviser la conscience nationale et dresser les groupes les uns contre les autres, avec ce risque de décomposition du corps social et de la nation. Au sujet de cette injonction au « devoir de mémoire », il répond qu’ériger en impératif la mémoire, en faire un devoir moral fait de l’oubli une faute. Il faut parfois savoir oublier comme par exemple dans le préambule de l’édit de Nantes promulgué par Henri IV qui ordonnait l’oubli pour prix de la paix. Il poursuit « Expliquer n’est pas absoudre, et l’objectivité n’interdit pas à l’historien d’aller plus loin : jusqu’à un jugement d’ordre moral. Répudions sans retour la conception positiviste de l’histoire qui limitait son rôle à l’établissement et à la relation des faits ». J’avoue mon désaccord et ma réserve sur ce point. Je ne suis pas un adepte du 6« tribunal de l’histoire », encore moins de la morale car cette dernière est bien souvent le fruit de la réflexion des seuls vainqueurs. Or l’histoire est ambivalente. Pour l’auteur, c’est cette ambivalence que l’histoire nous apprend et que l’enseignement doit mettre en lumière, formant des esprits critiques, à même de distinguer positif et négatif.

Il cite aussi le penseur et philosophe Paul Ricoeur pour qui « La mémoire est la matrice de l’histoire dans la mesure où la mémoire reste la gardienne de la problématique du rapport représentatif du présent au passé ».

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Cinéma : « Avengers : L’ère d’Ultron »

161927L’Histoire : Alors que Tony Stark tente de relancer un programme de maintien de la paix jusque-là suspendu, les choses tournent mal et les super-héros Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Black Widow et Hawkeye vont devoir à nouveau unir leurs forces pour combattre le plus puissant de leurs adversaires : le terrible Ultron, un être technologique terrifiant qui s’est juré d’éradiquer l’espèce humaine. Afin d’empêcher celui-ci d’accomplir ses sombres desseins, des alliances inattendues se scellent, les entraînant dans une incroyable aventure et une haletante course contre le temps…

Si je vous dis qu’« Avengers : L’ère d’Ultron » est la suite d’Avengers, l’immense carton planétaire de l’écurie Marvel sorti en 2012. Si je vous dis que Walt Disney ne comptait pas s’asseoir tranquillement sur son magot d’1,5 milliard de dollars de recettes dans le monde mais que bien évidemment ils allaient mettre les bouchées doubles pour rempiler avec une suite et une suite de la suite.. en signant le même casting d’acteurs(trices) que pour le premier épisode. On retrouve ainsi Robert Downey Jr., Chris Hemsworth, Chris Evans, Mark Ruffalo, Jeremy Renner, Scarlett Johansson, et Samuel L. Jackson dans leurs rôles respectifs d’Iron Man, Captain America, Hulk et autres Thor. Si je vous dis enfin qu’il n’y a au fond rien de nouveau sous les tropiques Marvel, que cet épisode fait (et le fait bien) dans la surenchère perpétuelle en terme d’actions, d’émotions (car oui il y a de l’émotion.. enfin un peu), que le scénario est famélique (le coup de l’intelligence artificielle qui veut réduire le monde en cendres n’est pas nouveau), les dialogues prévisibles tout comme les péripéties ! Malgré cela, si on fait abstraction de ces nombreux défauts et incohérences rencontrés au fil du récit, on se doit d’être honnête et de reconnaître que cette suite est plutôt cool et qu’elle remplit pleinement son office qui est celui de divertir pendant plus de deux heures. Du cinéma américain pop corn, mille fois vus et entendus certes, mais à l’heure ou « Fast and Furious 7 » dépasse le milliard de dollars, « Avengers : l’ère d’Ultron » n’a pas à rougir du comparatif loin de là. Efficace à défaut d’être génial. Ma note:♥♥♥♥1/2 /5.

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Musique : « Somnambules » Raphaël

5827-raphael-pochette-album-SomnambulesTrois ans après le déjà réussi « Super Welter », ambitieux artistiquement mais injustement boudé par le public, Raphaël nous revient précédé d’un album frais et enlevé au titre éponyme « Somnambules ». Plus accessible, avec des mélodies inspirées, ce dernier devrait connaître un succès mérité tant le compositeur semble avoir trouvé dans cette enfance revisitée une fraîcheur qui se retrouve tout au long du disque. Il renoue avec l’évidence de titres riches d’être épurés comme « Sur mon dos », « Ramène-moi en arrière » ou bien encore « Tous mes petits enfants ». C’est folk et délicieux, l’enfance et sa part de naïveté colle parfaitement à Raphaël. Ce qui pouvait autrefois être jugé comme de la facilité, de la suffisance est aujourd’hui pleinement assumé par l’artiste qui dans le très beau morceau « Maladie de cœur », affirme ce côté adulescent tantôt rêveur et ingénu tantôt meurtri. « Somnambules » est touchant puisque désarmant de sincérité. L’ensemble sonne juste et les treize morceaux qui le composent de résonner comme une partition tout en nuance sur ce temps béni (?) de l’enfance. Ma note:♥♥♥♥♥/5.

http://www.deezer.com/album/10013338

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Musique : « Ul Liorzh vurzhudus » de Denez

7842365Dire que j’attendais cet album est un doux euphémisme ! Douze ans de silence ponctué de rares apparitions sur scène, Denez Prigent prend son temps et sait à merveille conserver cette part mystérieuse qui fait la richesse de son art. « Ul Liorzh vurzhudus » ou le jardin enchanteur, un titre qui est on ne peut plus en harmonie avec ce que dégage ce cinquième album de Denez Prigent. Denez, car c’est ainsi qu’il faut dorénavant l’appeler, a écrit, encore et encore, des gwerz ou complaintes chantées dans la langue de son cœur, de son âme, le breton. Ces gwerz nous emportent dans un autres monde, celui de la nature, de ses racines, du Trégor où il vit à présent, de la mort aussi, qui a hélas emporté récemment sa compagne. Il lui consacre une gwerz en forme d’épiphanie longue de plus de dix minutes. Sommet d’émotion et de pudeur, un écrin fragile et dans un même élan la force d’une voix unique faisant songer au souffle puissant du vent en Bretagne, à une mer tempétueuse, un climat doux et rude à la fois, l’eau ruisselante forgeant ces côtes déchiquetées. Denez c’est un peu de tout cela, les racines mais aussi l’ouverture sur le monde dans sa diversité. On voyage au gré des titres, entièrement composés et fruit d’un travail de patience en studio associé à la spontanéité d’un enregistrement dans des conditions live. Denez signe une nouvelle fois un disque magistral, à la fois envoûtant et palpitant, ancré et universel, ancestral et résolument moderne. Atypique, touchant, sincère, cet album a pu voir le jour grâce à la contribution de Coop Breizh qui a permis de produire ce dernier. Un grand merci à eux et à Denez, en attendant de découvrir ces titres en live lors de sa tournée qui j’en suis certain attirera connaisseurs et néophytes en soif d’authenticité. Ma note:♥♥♥♥♥/5.

http://www.coop-breizh.fr/ecouter-2/musiques-2/les-grands-noms-512/cd-denez-prigent-ul-liorzh-vuzhudus-6315/zoom-fr.htm?recherche=

http://www.denez.fr/

http://musique.fnac.com/a8118019/Denez-Prigent-Ul-liorzh-vurzudhus-An-enchanting-garden-CD-album

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Histoire : « Azincourt » Philippe Contamine

urlL’Histoire : En 1414, le nouveau roi d’Angleterre, Henri V, reprend à son compte les ambitions d’Édouard III : soit par la négociation, soit par la guerre, il entend obtenir, à défaut du titre royal, une partie du royaume de France. Un an plus tard, il y lance sa première expédition et sa chevauchée se termine par la victoire d’Azincourt, le 25 octobre 1415, en Picardie : inébranlables sur leurs positions défensives, les Anglais accablent de leur tir la chevalerie démontée. La journée est un massacre de la fleur de la chevalerie française ; elle demeure pourtant sans aucun résultat stratégique ni politique pour Henri V. Victoire de l’archer sur le chevalier, victoire du soldat libre et léger sur la montagne d’hommes et de chevaux confondus : Azincourt, pourquoi ? Dès la fin du Moyen Âge, la France était en retard d’une guerre, triste France du roi fou et des routiers pillards que racontent chroniques et complaintes, mandements et lettres de rémission, à l’époque où la vie avait « l’odeur du sang et des roses ».

Philippe Contamine signe avec « Azincourt » une étude historique non pas tant sur la bataille en elle-même (qui ne concerne au final que le tout dernier chapitre) mais bien plutôt sur la guerre telle qu’elle pouvait être menée pendant la guerre de cent Ans. Contamine est un historien médiéviste spécialiste de la guerre au Moyen Âge, son récit est absolument passionnant car il fait la part belle aux extraits de textes originaux de l’époque. Azincourt, voit l’armée féodale du roi de France Charles VI être écrasée par les Anglais mieux commandés d’Henri V. Cette bataille décima la noblesse française au moment où la querelle entre Armagnacs et Bourguignons empoisonnait le royaume de France. C’est un excellent point de départ pour appréhender la question guerrière à cette période. Je le conseille aux amateurs d’histoire médiévale qui trouveront ici leur compte. Ma note:♥♥♥♥♥/5.

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