« L’homme révolté » Albert Camus – « Le collier rouge » Jean Christophe Rufin – « La Rebelle, femme médecin au Moyen Age » Valeria Montaldi 

camus_homme_revolteL’Histoire : Deux siècles de révolte, métaphysique ou historique, s’offrent justement à notre réflexion. Un historien, seul, pourrait prétendre à exposer en détail les doctrines et les mouvements qui s’y succèdent. Du moins, il doit être possible d’y chercher un fil conducteur. Les pages qui suivent proposent seulement quelques repères historiques et une hypothèse de lecture. Cette hypothèse n’est pas la seule possible ; elle est loin, d’ailleurs, de tout éclairer. Mais elle explique, en partie, la direction et, presque entièrement, la démesure de notre temps. L’histoire prodigieuse qui est évoquée ici est l’histoire de l’orgueil européen.
Les idées défendues dans cet essai majeur de l’œuvre d’Albert Camus « L’homme révolté » sont aujourd’hui admises par l’essentiel des intellectuels et hommes de bonne volonté du XXIème siècle. Pourtant, il est important de se souvenir combien il était courageux, périlleux dans ces années de l’immédiat après guerre, de s’engager philosophiquement contre tous les totalitarismes, contre les nations et le nationalisme. « L’homme révolté » publié en 1951, est le grand livre anti-totalitaire et antifasciste dans un temps où la plupart des intellectuels communient dans le totalitarisme marxiste léniniste. Le caractère anticapitaliste et anticommuniste de l’ouvrage lui vaut des inimités de la gauche, de la droite et des extrêmes bien sûr. Un essai aux accents prophétiques, impressionnant d’érudition, une relecture par Camus des évolutions de l’esprit de révolte, des penseurs qui l’ont façonnés. La révolte est abordée sous ses aspects métaphysique, historique, et artistique. Camus écrit dans l’introduction de « L’homme révolté » ces mots que je trouve sublime : «  Le jour ou le crime se pare des dépouillements de l’innocence, par un curieux renversement qui est propre à notre temps, c’est l’innocence qui est sommée de fournir ses justifications. L’ambition de cet essai serait d’accepter et d’examiner cet étrange défi. » Face aux attaques des surréalistes et de Sartre, Camus défend ainsi ses idées avec le courage de celui qui est seul contre tous ou presque. Pour Faulkner « Camus disait que le seul rôle véritable de l’homme, né dans un monde absurde, était de vivre, d’avoir conscience de sa vie, de sa révolte, de sa liberté. » Un Camus placé « à mi-distance de la misère et du soleil » comme il aimait à le rappeler. Au « Je me révolte, donc nous sommes », il ajoute, méditant de prodigieux desseins et la mort même de la révolte : « Et nous sommes seuls. » J’apprécie également tout particulièrement cette idée lumineuse qui semble si évidente où il nous invite à dépasser le nihilisme : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. » Un ouvrage qui nous ouvre les portes d’une réflexion qui aujourd’hui, plus que jamais, à toute sa place. Ma note:♥♥♥♥♥/5.

1L’Histoire : Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l’été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d’une caserne déserte. Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère. Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes. Trois personnages et, au milieu d’eux, un chien, qui détient la clef du drame… Plein de poésie et de vie, ce court récit, d’une fulgurante simplicité, est aussi un grand roman sur la fidélité. Être loyal à ses amis, se battre pour ceux qu’on aime, est une qualité que nous partageons avec les bêtes. Le propre de l’être humain n’est-il pas d’aller au-delà et de pouvoir aussi reconnaître le frère en celui qui vous combat ?

Jean Christophe Rufin est un auteur que j’apprécie tout particulièrement. « Le collier rouge » confirme le talent de ce dernier. L’histoire est toute simple mais ne manque néanmoins pas de profondeur, les personnages sont mus par des sentiments qui permettent d’aborder avec intelligence la question de la loyauté, de l’attachement. Ce contexte particulier de la fin du Premier conflit mondial est propice à cette mise en abîme. Peut-on rester fidèle à ses idéaux au risque de passer à côté de sa vie ? Doit-on tout sacrifier au nom d’un idéal, fût-il le plus beau ? L’ensemble est toujours aussi bien écrit, le récit est court et se lit avec délice. Une interrogation certes pas nouvelle mais qui est ici appréhendée avec une profonde intelligence. Ma note:♥♥♥♥♥/5.

2L’Histoire : Sous le règne de saint Louis, Caterina exerce la médecine à Paris, à l’Hôtel-Dieu, malgré l’hostilité de ceux qui l’entourent. Libre, devenue enceinte, elle découvre trop tard que son amant est déjà marié, et elle décide alors d’assumer seule son destin. C’est l’époque où la dissection des cadavres, interdite par l’Eglise, se fait en cachette. Mais le groupe auquel elle appartient est dénoncé et ses confrères masculins décident lâchement de lui faire porter l’entière responsabilité du délit. Abandonnée par tous, Caterina parvient à s’enfuir en Italie où, plus passionnée que jamais par son métier qu’elle reprend à l’hôpital, elle lutte jusqu’au bout de ses forces contre la jalousie et la misogynie de ses confrères. C’est une vie extraordinaire qu’évoque ce magnifique roman de Valeria Montaldi qui s’est fondée sur des documents authentiques. Car, contrairement à ce qu’on croit, il y eut bel et bien des femmes médecins au Moyen Age !

« La Rebelle, femme médecin au Moyen Age » est le premier ouvrage traduit de cette auteure italienne Valeria Montaldi. L’atmosphère de ce livre est un de ses points forts. C’est prenant et l’histoire gagne même en intérêt au fur et à mesure de la lecture. Le style n’est pas transcendant certes mais qu’importe, les amateurs de romans historiques y trouveront leur compte. La reconstitution est plutôt bien vue et les personnages assez finement décrits. Un livre d’été en somme. Ma note:♥♥♥♥1/2 /5.

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Cinéma : « Jurassic World »

422000L‘Histoire : L’Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d’attraction. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.

Impossible de passer à côté du phénomène « Jurassic World » qui secoue la planète ciné depuis sa sortie il y a quelques jours de cela, faisant tomber les records dont celui du film ayant rapporté le plus d’argent en un week-end d’exploitation avec 500 millions de dollars de recette accumulée. Alors que la suite est d’ors et déjà dans les tuyaux chez Universal, l’on peut légitimement se poser la question de savoir si oui ou non le film mérite son succès ? Ce revival des T-Rex à la sauce Spielberg a été astucieusement maîtrisé par l’équipe de « Jurassic World ». N’y allons pas par quatre chemins, ce film signé Colin Trevorrow remplit son cahier des charges sans réussir toutefois à nous faire oublier l’œuvre de Spielberg. Entre les deux réalisateurs il y a un gouffre. L’intelligence de Trevorrow c’est d’en être justement conscient et puis ce dernier a un atout dans sa manche : Chris Pratt, le héros des Gardiens de la Galaxie est à « Jurassic World » ce que Harrison Ford était à « Indiana Jones ». Un acteur adepte de la coolitude qui sait dresser des vélociraptors par son simple charisme. Un acteur hollywoodien jusque dans les stéréotypes du genre mais qui possède un second degré inné et un art consommé pour les poses de héros. Il porte littéralement le film. Le reste est un jeu gagné d’avance avec les moyens donnés aux effets spéciaux, au tout numérique, l’humour présent, notre Omar Sy qui joue ans un tout petit rôle (si si) et puis ce côté geek assumé mêlant séquences de terreur (ah ce T-Rex génétiquement modifié) et autres délires visuels qui nous font nous dire que décidément avec ces américains l’on en a pour son argent ! Le tout est foutraque à souhait, l’histoire sans réel intérêt et les péripéties vues et revues mais que voulez vous l’astuce du long métrage c’est d’avoir sût également faire de la place pour l’aspect hommage du film dans le film avec des clins d’œil ici et là sur le Jurassic Park made in Spielberg. Vous l’aurez compris, nulle déception pour ma part. On passe un bon moment de cinéma. Le film de cet été 2015 ? Ma note:♥♥♥♥1/2 /5.

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Cinéma : « A la poursuite de Demain » de Brad Bird

103194L‘Histoire : Casey, une adolescente brillante et optimiste, douée d’une grande curiosité scientifique et Frank, un homme qui fut autrefois un jeune inventeur de génie avant de perdre ses illusions, s’embarquent pour une périlleuse mission. Leur but : découvrir les secrets d’un lieu mystérieux du nom de Tomorrowland, un endroit situé quelque part dans le temps et l’espace, qui ne semble exister que dans leur mémoire commune… Ce qu’ils y feront changera à jamais la face du monde… et leur propre destin !

« A la poursuite de Demain », un titre improbable pour une conjonction tout aussi surprenante entre George Clooney et Brad Bird (réalisateur des « Indestructibles »), le tout servi avec une affiche ne donnant pas la moindre foutue idée de ce dont parle cet ovni du divertissement. Oui je parle bien d’un objet non identifié car il faut être sacrément culotté pour croire qu’en 2015, l’on puisse se divertir avec une histoire de science fiction qui nous présente notre futur sous un angle résolument optimiste. Quoi de l’optimisme ? Vous êtes sûr que l’on souhaite parler d’un futur où les choses iraient mieux.. dans cette sinistrose ambiante où l’on ne parle plus que de ce qui ne va pas et où l’on jette en pâture les derniers des rêveurs, un monde où le cynisme conspue l’idée d’absolu, où le dernier n’est malheureusement pas prêt d’être le premier, vraiment vous croyez ? C’est le pari fou de Brad Bird qui nous donne à voir un univers visuellement cohérent, non dénué d’humour et où malgré un fatras philosophique de comptoir pioché dans la méthode Coué du ça va allez, nous éprouvons un réel plaisir de découvrir à nouveau ces divertissements sonnant comme autrefois. Rien de révolutionnaire mais une douceur, une force tranquille qui émane de ce film et qui nous rend, l’espace de quelques minutes, voir quelques heures après ce dernier, heureux d’être là malgré tout. Au box office, les pessimistes diront que c’est un échec, ces mêmes pessimistes diront que Brad Bird ne réussi qu’à moitié son pari et que le final en mode fourre tout est pour le moins décevant. Les optimistes dont je suis aujourd’hui, vous diront à l’inverse que la candeur et les bonnes ondes émanant de ce long métrage sont pour le moins communicatives. Alors oui les scénarios catastrophes et les images de fin du monde sont plus vendeuses de nos jours que ces images idylliques mais pour les quelques curieux encore prêt à rêver, à fantasmer le monde de demain, le voyage vaut la peine d’être vécu.

Ma note:♥♥♥♥1/2 /5.

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Musique : Florence & the Machine « How Big, How Blue, How Beautiful » – Jacco Gardner  « Hypnophobia »

3Florence & the Machine « How Big, How Blue, How Beautiful »

On préfère toujours l’original à la copie. Loin des pastiches inondant les radios, il reste encore fort heureusement quelques artistes au talent certain qui allient plaisir, qualité et succès. Florence and The Machine fait partie de ce rare cercle d’élu(e)s. Son troisième album « How Big, How Blue, How Beautifu» sort aujourd’hui et confirme tout le potentiel décelé dans ces deux précédents albums. Cinématographique et envoûtant comme sur le titre éponyme du LP, luxuriant et volontiers planant sur « St Jude » ou encore la très belle ballade « Mother » qui clôt de façon majestueuse un disque où les titres rappelant furieusement un univers qu’elle nous a déjà invité à visiter sont légions. « What Kind of Man » ou « Delilah » et tant d’autres qui sonnent comme autant de réminiscences assumées par l’artiste. Le meilleur pour la fin, il y a toujours cette voix puissante et si pleine d’énergie qui fait des miracles sur de nombreux titres qui sans cet atout majeur sonneraient de façon plus communes. Nul dépaysement ici, c’est à la fois sa force mais aussi sans doute un peu de sa faiblesse. Florence and The Machine poursuit son chemin et nul doute que le succès sera à nouveau au rendez-vous. Ma note:♥♥♥♥♥/5.

http://www.deezer.com/album/10297388

2Jacco Gardner  « Hypnophobia »

Second album et déjà un tournant dans la carrière de Jacco Gardner avec son « Hypnophobia » qui ne laissera pas indifférent. Confirmation avec moins d’évidence certes, mais tout de même, des talents de mélodiste du musicien mais également une désagréable sensation que sur certains titres qui s’étirent en longueur, Gardner a manqué quelque peu de discernement. L’ensemble sonne comme un hommage rétro-futuriste aux années psychédéliques. Les plages instrumentales sont agréables certes mais il manque à ce disque une véritable ligne directrice cohérente ainsi qu’une colonne vertébrale de titres forts. Plagiat ou génie ? Sans doute une pincée des deux. A vous de juger. Ma note:♥♥♥1/2 /5.

http://www.deezer.com/album/10101462

 

 

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« L’ordre libertaire : La vie philosophique d’Albert Camus » de Michel Onfray – 2ème Partie

1Le meilleur du livre d’Onfray se situe dans ce long chapitre sur la guerre civile en Algérie. On y voit un Camus poignant, luttant de toutes ses forces pour tenter de trouver une issue, une sortie de crise possible. Las, après avoir été lynché médiatiquement, Camus meurt le 4 janvier 1960, sans avoir vu l‘issue du conflit. Cela ne l’empêchera pas de prédire dans ses écrits avec une grande justesse ce qu’il allait advenir en cas de victoire du FLN en Algérie. Ce conflit en Algérie fût un véritable crève cœur pour un penseur qui se vivait davantage comme un Africain du Nord plutôt que comme un Européen. C’est suffisamment fort pour être noté. Comment Camus a-t-il pensé et vécu la guerre civile ou guerre d’Algérie ? Sur la question algérienne, Camus a été sali, caricaturé, méprisé et le pire de tout ignoré quant à ses propositions. Il fût toujours opposé au système colonial. Le colonialisme est « une œuvre dont aujourd’hui nous ne sommes pas fiers ». Il dénonce les injustices faites aux arabes et se bat en tant que journaliste et écrivain pour plus de liberté, plus d’humanité. Un journalisme qu’il conçoit comme une éthique, un combat politique et un engagement philosophique de tout les instants. « Le régime de travail en Kabylie est un régime d’esclavage » écrit Camus en mesurant le poids des mots. Un régime d’esclavage imposé par la métropole en Algérie. La critique est sans appel.

Il faut bien saisir ceci, il pense la guerre en Algérie comme une guerre civile en Afrique, et 4non pas comme un mouvement de libération nationale emmené par le FLN. Pourtant, parce qu’il n’a pas comme Sartre, entre autres, soutenu le FLN, certains ont laissé croire qu’il embrassait la cause de l’Algérie française. C’est un mensonge éhonté. Parce que cette terre porte une multitude de communautés et de peuples, des religions différentes, Camus ne souhaite pas une indépendance de la nation Algérienne. Il lui aurait préféré une fédération de communauté concrète et pragmatique. Une « Algérie constituée par des peuplements fédérés et reliée à la France () » Un projet fédéraliste, laïc et pragmatique qui s’oppose de fait au souhait du FLN nationaliste, religieux et idéologique. Son Algérie est multiple et non exclusivement arabo-musulmane. Son grand rêve, que l’on réalise un véritable «  Commonwealth français ».

3281904Camus veut le dialogue. Il en appelle à l’État : on ne répond pas au terrorisme nationaliste algérien par le terrorisme légal de l’État français. Il le répète inlassablement, avant la seconde guerre mondiale, après Sétif (de 1945 à 1954), puis après la Toussaint rouge (1954) et les massacres de Philippeville (1955), mais la guerre continue de plus belle avec en septembre 1956 les attentats d’Alger et en mai 1957 les massacres de Melouza. La politique de terreur du FLN se poursuit pour asseoir leur hégémonie chez les arabes. Camus critique les deux terreurs : celle du tortionnaire français, celle du poseur de bombe algérien.

C’est dans ce contexte qu’il obtient, en octobre 1957, le prix Nobel qui lui est remis en Suède le 10 décembre de la même année. Nous sommes le jeudi 12 décembre 1957, à la maison des étudiants de Stockholm, Camus accepte une rencontre plutôt qu’une conférence. Un urljeune Algérien l’interpelle : « vous n’avez rien fait pour l’Algérie (). L’Algérie sera libre ! ». Camus lui répond : «() J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice ». Cette dernière phrase va tuer Camus. Un journaliste du Monde relaie l’information et tous du Monde et son patron ancien pétainiste Hubert Beuve Méry à Beauvoir, tous tiennent là l’occasion de salir Camus là même où il est le plus irréprochable : son combat pour la justice.

Ps : Je viens de franchir la barre des 100 000 visiteurs en un peu moins de trois ans de présence sur wordpress. Un grand merci à toutes et à tous ! Vous faites vivre ce blog et moi de continuer l’aventure de ce dernier créé en juin 2007 ! Turgarez vras d’an holl ! Frédéric.

Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a "Combat" en 1945    --- Albert Camus (1913-1960) french writer here in 1945 in in office at paper "Combat"

Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a « Combat » en 1945 — Albert Camus (1913-1960) french writer here in 1945 in in office at paper « Combat »

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« L’ordre libertaire : La vie philosophique d’Albert Camus » de Michel Onfray – 1ère Partie

1L’Histoire : Pour mettre fin à une légende fabriquée de toutes pièces par Sartre et les siens, celle d’un Camus « philosophe pour classes terminales », d’un homme de gauche tiède, d’un penseur des petits Blancs pendant la guerre d’Algérie, Michel Onfray nous invite à la rencontre d’une œuvre et d’un destin exceptionnels. Né à Alger, Albert Camus a appris la philosophie en même temps qu’il découvrait un monde auquel il est resté fidèle toute sa vie, celui des pauvres, des humiliés, des victimes. Celui de son père, ouvrier agricole mort à la guerre, celui de sa mère, femme de ménage morte aux mots mais modèle de vertu méditerranéenne : droiture, courage, sens de l’honneur, modestie, dignité. La vie philosophique d’Albert Camus, qui fut hédoniste, libertaire, anarchiste, anticolonialiste et viscéralement hostile à tous les totalitarismes, illustre de bout en bout cette morale solaire.

2Michel Onfray ne laisse pas indifférent c’est une certitude et ce nouveau livre sur « L’ordre libertaire : La vie philosophique d’Albert Camus » en est une preuve supplémentaire, à l’heure ou d’aucun crie déjà au sacrilège. Après s’en être pris à la religion puis à un autre Totem contemporain à savoir Freud, le voici cette fois-ci vibrant défenseur d’un homme, Albert Camus, qui le mérite amplement pour son œuvre et son action tout au long de sa vie. Dès les premières pages, on mesure toute l’émotion d’un Michel Onfray évoquant les années de jeunesse et l’univers dans lequel grandit Albert Camus. Ce dernier est évoqué avec pudeur par un Onfray qui trouve ici enfin, un homme, un philosophe à la hauteur des exigences morales et intellectuelles de son temps. Camus, c’est l’Afrique du Nord, l’Algérie plus précisément, un milieu très modeste (qui n’est pas sans rappeler celui de l’auteur). Sa mère, Catherine Camus était femme de ménage, son père Lucien Camus était ouvrier agricole. Lucien meurt à la guerre en Octobre 1914, à la bataille de la Marne, Camus n’avais que huit mois et le voici pupille de la nation. Un père qui méprise la guerre, qui a le tropisme de la justice et la haine de la barbarie, de la torture, des idées défendues par son fils Albert Camus toute sa vie durant. Camus, c’est la volonté de dépasser le nihilisme européen par une philosophie affirmative, la réflexion par delà le bien et le mal « (…) l’acquiescement à la vie jusque dans sa négativité ». Il rejoint l’ontologie radicalement immanente d’un certain Nietzsche : « Ce qui ne me tue pas me fortifie » (extrait du Gai Savoir). Camus est un philosophe existentiel et non existentialiste comme on le pense trop souvent.

3Pourtant, Camus ne se définit pas en tant que philosophe en ce sens ou comme il l’écrit : « Je ne suis pas un philosophe. Je ne crois pas assez à la raison pour croire à un système. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment il faut se conduire. Et plus précisément comment on peut se conduire quand on ne croit ni en Dieu ni en la raison ». Il écrira ces mots si forts qui condensent en quelques lignes toute sa pensée philosophique : « Au plus noir de notre nihilisme, j’ai cherché seulement des raisons de dépasser ce nihilisme. Et non point d’ailleurs par vertu, ni par une rare élévation de l’âme, mais par fidélité instinctive à une lumière où je suis né et où, depuis des millénaires, les hommes ont appris à saluer la vie jusque dans la souffrance ». Qu’ajouter de plus sinon que ce combat Camus le poursuivra toute sa vie durant. La mort infligée : le meurtre, l’assassinat, la mise à mort d’un autre ou de soi, tel est le thème de l’œuvre complète du philosophe Camus. Le combat politique unique de sa vie, c’est la lutte contre toutes les peines de mort. Onfray explique, détaille avec le soucis tout comme Camus en son temps, d’être lu et compris afin d’aider à exister, à être. Un Albert Camus qui écrira ainsi : « Ceux qui écrivent obscurément ont bien de la chance : ils auront des commentateurs. Les autres n’auront que des lecteurs, ce qui, paraît-il est méprisable ». L’ouvrage de Michel Onfray éclaire d’un jour nouveau l’œuvre de Camus. Elle nourrit durablement l’homme en quête d’espérance en ces temps de nihilisme.

Ce mépris, Albert Camus le ressentira toute sa vie. La naissance dans un monde où les idées 4n’existent pas fit du philosophe reconnu internationalement un illégitime, un personnage jamais sûr de lui, nulle part certain de son talent. L’orgueil du pauvre n’a rien à voir avec la vanité de l’héritier : le premier n’a que sa fierté pour ne pas sombrer, le second sombre de n’avoir pas de fierté, pantin juste animé par le sentiment d’avoir été naturellement élu. Onfray exprime ici une idée qui à mon sens est importante. Camus n’est pas Sartre.. ou tant d’autres. Chez Camus, il y a toujours chevillé au cœur et au corps cette vocation à l’éducation populaire, à l’usage politique du théâtre, au partage du savoir et de la culture qui sont autant d’armes pour l’émancipation des êtres. Camus admire André Malraux écrit Onfray et ce dernier dans son ouvrage de souligner, tout au long de ce récit passionnant, son attachement aux combats et à l’homme Albert Camus. Un Camus qui devait ne jamais cesser de rappeler à quel point son professeur de philosophie Jean Grenier a été important dans son parcours et ce malgré les errements de ce dernier durant la seconde guerre mondiale. Onfray est profondément touchant lorsqu’il décrit, avec la précision dont il est coutumier, cette vie philosophique du prix Nobel 1957.

Camus est contre tous les totalitarismes, contre les nations et le nationalisme. C’est au fond un anarchiste pragmatique comme Proudhon. « L’homme révolté » publié en 1951, est le grand livre anti-totalitaire et antifasciste dans un temps où la plupart des intellectuels communient dans le totalitarisme marxiste léniniste. Le caractère anticapitaliste et anticommuniste de l’ouvrage lui vaut des inimités de la gauche, de la droite et des extrêmes bien sûr. Dans ces moments, rares sont ceux qui le soutiennent, on peut citer René Char qui lui écrit une très belle lettre d’amitié citée en son intégralité par Onfray. La solitude de celui qui sait que la violence ne rime à rien, la patience de celui qui doit endurer les sarcasmes de cette élite vitupérante et haineuse, la maladie (tuberculose), le Camus d’Onfray a quelque chose de Christique.. Camus écrit ceci : «  Je sais cela de science certaine, qu’une œuvre d’homme n’est rien d’autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l’art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le cœur, une première fois, s’est ouvert ». Qu’ajouter de plus.

Le récit de cette vie philosophique est aussi l’occasion de battre en brèche les idées reçues (et elles sont nombreuses) sur Albert Camus et ses idées. Camus n’est pas social démocrate mais il incarne le socialisme libertaire héritier de Fernand Pelloutier (1867-1901). Pour Camus, la grande révolution ce n’est pas 1789 mais bien la Commune (du 18 mars au 28 mai 1871). Les libertaires sont les anarchistes de l’anarchie. Camus est l’un d’entre eux. Dans son« Caligula », il dépeint le tyran comme l’homme du pouvoir absolu. Le libertaire est celui de la puissance contenue par une éthique, celui qui s’empêche. Cette puissance contenue par une éthique se nomme l’ordre libertaire.

Pour conclure cette première partie de ma réflexion sur le livre de Michel Onfray, je citerais Camus qui écrit ceci de très beau : « Il n’y a ni Europe, ni fédération française, sans une France consciente de ce qu’elle est. L’unité est d’abord une harmonie de différences ». A méditer.

Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a

Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a « Combat » en 1945 — Albert Camus (1913-1960) french writer here in 1945 in in office at paper « Combat »

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Histoire et Mémoire

1L’Histoire :  » Deux mille ans de culpabilité chrétienne relayée par les droits de l’homme se sont réinvestis, au nom de la défense des individus, dans la mise en accusation et la disqualification radicale de la France. Et l’école publique s’est engouffrée dans la brèche avec d’autant plus d’ardeur qu’à la faveur du multiculturalisme elle a trouvé dans cette repentance et ce masochisme national une nouvelle mission. Après avoir été le vaisseau pilote de l’humanité, la France est devenue ainsi l’avant-garde de la mauvaise conscience universelle. Lourde rançon. Singulier privilège. « 

Cet opuscule est l’œuvre de Pierre Nora, grand historien et président de « Liberté pour l’histoire » ainsi que de Françoise Chandernagor, écrivaine de romans historiques, vice présidente de cette même association. « Liberté pour l’histoire » est opposée aux lois mémorielles. Nora part du postulat suivant, l’histoire n’étant ni une religion, ni une morale, elle ne doit pas être l’esclave de l’actualité ni s’écrire sous la dictée de la mémoire. La politique de l’État n’est pas la politique de l’histoire. Vaste débat ô combien passionnant et potentiellement explosif tant chacun, historien ou non, semble avoir son avis sur la question. «  (…) l’extension de la loi Gayssot et la généralisation de la notion de crime contre l’humanité (…) » ont conduit à une « double dérive : la rétroactivité sans limite et la victimisation généralisée du passé ». Pour l’historien Pierre Nora, on assiste à une « criminalisation généraleauschwitz du passé » avec des hommes politiques souhaitant décider « par la loi d’une vérité historique ». Or, ce n’est pas à la loi d’écrire l’histoire, au risque de transformer celle-ci en « une longue suite de crimes contre l’humanité ». Nora parle de la « toute puissance de l’hégémonie mémorielle » utilisée à des fins « intéressée, abusive et perverse ». Nous sommes dans une « ère de la commémoration ». On utilise ainsi la mémoire pour réinterpréter le passé. Ce « jugement sur le passé au nom de la mémoire mène tout droit à l’abolition de toute forme d’esprit et de raisonnement historiques ». La morale a contaminé la mémoire et « la mémoire a mangé l’histoire ». Une histoire qui est « entièrement réécrite et jugé du point de vue des victimes et des vaincus est une négation de l’histoire ». Conséquence de tout cela, l’œuvre de repentance fait feu de tout bois, fruit de « deux milles ans de culpabilité chrétienne relayée par les droits de l’homme (… ) » qui « au nom de la défense des individus » (…) a mis en accusation la France. Cette dernière est devenue « l’avant-garde de la mauvaise conscience universelle ».

3Attachons nous à présent au point de vue défendu par Françoise Chandernagor. Le récit national a volé en éclats face « aux pressions contraires, mais simultanées, de la mondialisation et du communautarisme () » Un récit officiel qui pouvait être complété ou contesté. On ne l’imposait pas aux universitaires, aux chercheurs etc. Ainsi par exemple « l’histoire de la révolution, (…) était déjà un champ de bataille entre historiens ». Aucun historien ne risquait la prison. On « ne reconnaissait (…) à aucune autorité savante le pouvoir d’établir et de dire le vrai ». Ce récit national a laissé la place à des « histoires catégorielles » longtemps refoulées. L’Histoire n’est plus alors l’histoire d’une collectivité. La nouvelle histoire met l’accent sur la repentance, sur la diversité mais surtout ce nouveau récit passe par la loi. On assiste à « une relecture de notre passé à la lumière du présent » ainsi qu’à « sa réécriture avec les mots d’aujourd’hui ». La loi Gayssot en 1990, établit le délit de « contestation » (et non de « négation ») des jugements de Nuremberg et des jugements2 ultérieurs en France. C’est une loi relative aux crimes et génocides commis par les chefs nazis jugés à Nuremberg. La loi Taubira de mai 2001 s’intéresse à la seule traite négrière transatlantique et à l’esclavage qualifié de crime contre l’humanité. Ces concepts de « génocide »(créé en 1944 par le philosophe Raphael Lemkin pour définir les crimes de l’Allemagne nazie) et de « crime contre l’humanité » (reconnu dans le droit international en 1945 par le tribunal militaire de Nuremberg) sont récents. Françoise Chandernagor insiste sur cette idée de jugement du passé par la loi, en lui appliquant des notions morales et juridiques d’aujourd’hui (le risque d’anachronisme est alors grand). Et l’auteure de conclure que dorénavant les historiens sont placés sous la tutelle des juges.

Au final, on obtient un texte fort et engagé qui a le mérite de nous faire réfléchir sur notre relation au passé, à l’histoire, à la mémoire. A compléter bien évidemment par d’autres lectures.

313DP3DCADL._SY344_BO1,204,203,200_L’Histoire : Entre toutes les nations occidentales, la France se singularise par le nombre de ses lois  » mémorielles « . Depuis la loi Gayssot, votée en 1990 pour punir le négationnisme, le Parlement a édicté tour à tour des lois relatives au génocide arménien, aux traites négrières transatlantiques, puis à la colonisation. Singulier dispositif législatif, sans précédent, qui transforme des jugements historiographiques en délits ! Dans un but certes louable, les parlementaires ont ouvert ce qui se révèle être une terrible boîte de Pandore. Verra-t-on bientôt les chercheurs choisir leur sujet en fonction de son innocuité ? Comment en est-on venu là ? De quelles complexes transformations de la mémoire nationale est-ce le résultat ? Les démocraties compassionnelles que sont devenues nos sociétés veulent-elles réellement un avenir où la vérité serait proférée par l’Etat ? La communauté des historiens s’est légitimement émue de cette situation. Aussi René Rémond a-t-il pris la tête d’une association réclamant l’abrogation de toutes les lois mémorielles. Toutes ? Il s’en explique ici, en menant une réflexion ouverte sur le métier d’historien, sur la politique identitaire à l’œuvre dans notre pays, sur les rapports de la mémoire et de l’histoire, sur la communauté nationale.

« Quand l’État se mêle de l’histoire » est signé du regretté René Rémond, historien et urlpolitologue (spécialiste de l’histoire des droites). Il écrit notamment dans son article « L’histoire et la loi », que les lois mémorielles relèvent davantage « de l’émotion que de la raison ». Elles n’ont aucune légitimé scientifique et sont le fruit de la confusion entre « mémoire » et « histoire ». L’histoire se retrouve « pris en otage » par des aspirations communautaristes « religieuses ou ethniques » qui souhaitent se servir de l’histoire pour « faire prendre en considération par la communauté nationale leur mémoire particulière (…) ». On peut ainsi parler d’une volonté assumée d’instrumentaliser l’histoire à des fins électoralistes. Résultat de cette basse manœuvre, la mémoire collective se fragmente. « La prolifération de ces législations particulières et l’exaltation de ces mémoires plurielles risquent de conduire à la désintégration de la mémoire nationale ». L’actualité l’emporte désormais sur l’historicité.

5René Rémond pense également que imprescriptibilité des crimes contre l’humanité impose un devoir de piété à l’intention des victimes. Le devoir de mémoire peut là aussi diviser la conscience nationale et dresser les groupes les uns contre les autres, avec ce risque de décomposition du corps social et de la nation. Au sujet de cette injonction au « devoir de mémoire », il répond qu’ériger en impératif la mémoire, en faire un devoir moral fait de l’oubli une faute. Il faut parfois savoir oublier comme par exemple dans le préambule de l’édit de Nantes promulgué par Henri IV qui ordonnait l’oubli pour prix de la paix. Il poursuit « Expliquer n’est pas absoudre, et l’objectivité n’interdit pas à l’historien d’aller plus loin : jusqu’à un jugement d’ordre moral. Répudions sans retour la conception positiviste de l’histoire qui limitait son rôle à l’établissement et à la relation des faits ». J’avoue mon désaccord et ma réserve sur ce point. Je ne suis pas un adepte du 6« tribunal de l’histoire », encore moins de la morale car cette dernière est bien souvent le fruit de la réflexion des seuls vainqueurs. Or l’histoire est ambivalente. Pour l’auteur, c’est cette ambivalence que l’histoire nous apprend et que l’enseignement doit mettre en lumière, formant des esprits critiques, à même de distinguer positif et négatif.

Il cite aussi le penseur et philosophe Paul Ricoeur pour qui « La mémoire est la matrice de l’histoire dans la mesure où la mémoire reste la gardienne de la problématique du rapport représentatif du présent au passé ».

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