Littérature : « Crime et Châtiment » de Dostoïevski

141314L’Histoire : A Saint-Pétersbourg, en 1865, Raskolnikov, un jeune noble sombre et altier, renfermé mais aussi généreux, a interrompu ses études faute d’argent. Endetté auprès de sa logeuse qui lui loue une étroite mansarde, il se sent écrasé par sa pauvreté. Mais il se croit aussi appelé à un grand avenir et, dédaigneux de la loi morale, se pense fondé à commettre un crime : ce qu’il va faire bientôt – de manière crapuleuse. Publié en huit livraisons par Le Messager russe au cours de l’année 1866, le roman de Dostoïevski montre en Raskolnikov un témoin de la misère, de l’alcoolisme et de la prostitution que l’auteur décrit sans voiles, un criminel aussi qui ne sait trop pourquoi il l’est devenu, tant les raisons qu’il s’invente pour agir sont contradictoires. Mais la tragédie n’exclut pas la vision d’une vie lumineuse, et le châtiment de son crime va lui permettre un long cheminement vers la vérité, et la renonciation à sa mélancolie brutale. Après quoi sera possible ce que l’épilogue annonce : l’initiation de Raskolnikov à une réalité nouvelle, le passage d’un monde à un autre monde.

« Crime et Châtiment » est une œuvre majeure et l’une des plus célèbres de Dostoïevski. Il a été publié en 1866. Se confronter à un tel livre c’est s’ouvrir les portes d’une connaissance plus approfondie des tréfonds de l’âme humaine, c’est également comprendre les ressorts et les conséquences psychiques, existentiels et physiques sur la personne de Raskolnikov suite au double meurtre commis par ce dernier. La question du salut, de la rédemption, du pardon, de la souffrance humaine et métaphysique est au cœur de ce livre d’une modernité étonnante. La description de l’état de déréliction de cette société russe, des différentes composantes qui s’y affrontent, de la misère crasse qui y règne, des errements propres à une nouvelle génération dont Raskalnikov fait partie, porteuse d’idéaux et de valeurs plus proches de Friedrich von Schiller que des penchants autoritaires du tsarisme en Russie, tout cela donne à voir la complexité de ces vies. La profondeur et la finesse psychologique des personnages dépeints par Dostoïevski sont saisissantes et apportent à l’ensemble une richesse à nulle autre pareil. Livre témoin de la folie des hommes, questionnement autour des notions de bien ou de mal, réflexion sur l’importance du pardon à l’heure où les noirceurs de l’âme humaine semblent ne jamais vouloir s’arrêter, confession d’un jeune homme sur son siècle matrice des grands crimes contre l’humanité qui se succéderont par la suite, « Crime et Châtiment » est un roman somme et visionnaire à lire absolument.

Ma note:♥♥♥♥♥/5.

ca. 19th century --- Portrait of Russian novelist Feodor Dostoyevsky (1821-1881).  Undated photograph. --- Image by © Bettmann/CORBIS

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Raskolnikov

Cinéma : « Vice Versa » de Pete Docter

571071L’Histoire : Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité,  Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie…

« Vice Versa » est le dernier chef d’œuvre en date signé Pixar. Réalisé par Pete Docter qui officiait déjà sur « Là Haut » autre très belle réussite du studio, ce nouveau long métrage permet à Pixar de reprendre sa marche en avant après quelques films moins transcendants. Le miracle de Pixar s’est celui de s’adresser à tous les publics sans transiger avec la qualité intrinsèque de l’œuvre. Pointu et universel, l’ensemble suscite tour à tour le rire et l’émotion. Les enfants, les adolescents, les adultes mêmes, tous peuvent s’y retrouver et communier face au spectacle présenté ici. C’est intelligent et divertissant, un tour de force qui est la marque de fabrique de Pixar. Véritable madeleine proustienne, « Vice Versa » rejoint au panthéon de l’animation les « Wall E » et autres « Là Haut ». Du très grand cinéma qui mérite que vous lui accordiez un peu de votre temps. Vous ne le regretterez pas. Ma note:♥♥♥♥♥/5.

Joy (voice of Amy Poehler) and Sadness (voice of Phyllis Smith) catch a ride on the Train of Thought in Disney?Pixar's

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Littérature : « Papillon de nuit » de R.J. Ellory

papillon-de-nuit-elloryL’Histoire : Après l’assassinat de John Kennedy, tout a changé aux États-Unis. La société est devenue plus violente, la musique plus forte, les drogues plus puissantes que jamais. L’Amérique a compris qu’il n’y avait plus un chef, un leader du pouvoir exécutif, mais une puissance invisible. Et si celle-ci pouvait éliminer leur président en plein jour, c’est qu’elle avait tous les pouvoirs. C’est dans cette Amérique en crise que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Vernet, son meilleur ami. Nous sommes maintenant en 1982 et Daniel est dans le couloir de la mort. Quelques heures avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air. Et que la politique et l’histoire des sixties ne sont pas qu’une simple toile de fond dans la vie de Daniel, peut-être lui aussi victime de la folie de son temps.

« Papillon de nuit » est le tout premier roman de RJ Ellory (auteur que je ne présente plus) et il est publié par Sonatine. On y retrouve déjà les prémices de ce qui fera le succès de son auteur, le tout avec bien sûr les scories, les manques inhérents à une toute nouvelle œuvre. Oui ce premier ouvrage est on ne peut plus emblématique dans sa façon d’aborder en toile de fond les événements qui ont secoués les États-Unis des années 1960 au début des années 1980 : les frères Kennedy, le racisme, la lutte pour les droits civiques, le Klu Klux Klan et ses relents nauséabonds, la guerre du Vietnam, le Watergate mais aussi les drogues psychédéliques, les hippies, la corruption policière et judiciaire, bref vous l’aurez compris cela couvre un large spectre de cette histoire. C’est l’élément le plus intéressant chez Ellory qui revisite les grands mythes Américains. Néanmoins, il convient de relativiser quelque peu les talents de maître conteur hors pair du maître du thriller. Ici, les défauts sont visibles à mon sens car c’est un premier roman. Le récit manque parfois de rythme et les personnages de réel profondeur psychologique. J’ai vu mieux chez lui. Reste que l’atmosphère de cette période est parfaitement rendu et je dois avouer que la fin (quoique je l’ai deviné) est efficace à défaut d’être transcendante. Ce « Papillon de nuit » ne tient pas toutes ses promesses mais il reste cependant suffisamment bien ficelé pour nous faire passer un bon moment. On y devine quelques fulgurances qui déjà annoncent les promesses de ses futurs écrits. Ma note:♥♥♥♥  /5.

@@*@@*ADVANCE FOR WEEKEND OF AUG 20–21 @@*@@*FILE @@*@@* Alabama state troopers swing nightsticks to break up the "Bloody Sunday" voting march in Selma, Ala., in this March 7, 1965, file photo. John Lewis, front right, of the Student Non–violent Coordinating Committee is put on the ground by a trooper. The Southern Christian Leadership Conference is inextricably tied to some of the civil rights movement's greatest accomplishments, from the 1963 March on Washington to the "Bloody Sunday" march that led to the Voting Rights Act of 1965. Under the leadership of co–founder Martin Luther King Jr., the organization became a leading voice of a generation galvanized by sit–ins, protests and freedom rides.(AP Photo/File)

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Littérature : « Dans le grand cercle du monde » de Joseph Boyden

713NVYkxIoLL’Histoire : Un jeune jésuite français est venu avec d autres en Nouvelle-France évangéliser les Indiens. Il n est là que depuis un an quand ses guides l abandonnent et le laissent à la merci des Iroquois lancés à leurs trousses. Ainsi commence pour le jeune homme une odyssée incroyable où très vite les Hurons le font prisonnier à leur tour ainsi qu une jeune captive iroquoise à la personnalité mystérieuse. Leur ravisseur, un grand guerrier qui a perdu toute sa famille, sait qu un grand et nouveau danger menace son peuple.

Il y a comme l’ADN de « Mission » le formidable film de Roland Joffé avec Robert de Niro et Jeremy Irons au cœur du dernier ouvrage de Joseph Boyden « Dans le grand cercle du monde ». L’histoire n’a bien sûr pas le même cadre géographique (l’Amérique latine des Indiens Guaranis pour le premier, le Canada français et les Hurons pour le second) ou temporel (le XVIIIème siècle pour « Mission » et le XVIIème siècle pour Boyden) mais l’on y retrouve le rôle des Jésuites en mission d’évangélisation des peuples Amérindiens ainsi que la même sensibilité, le même souffle épique dans les deux œuvres. On y croise Samuel Champlain (1567-1635) à Québec et l’on découvre avec un immense plaisir la vie des hurons sur leurs terres, leurs coutumes, leurs traditions, leur façon bien à eux d’être au temps, d’être au monde dans cette première moitié du XVIIème siècle. On y trouve également (et Boyden le reconnaît à la fin de son ouvrage) une source d’inspiration très proche des « Écrits en Huronie » de Jean de Brébeuf (1593-1649) (chroniqué il y a quelques années sur ce blog), missionnaire Jésuite qui vécu auprès des Hurons jusqu’à sa mise à mort atroce (brûlé vif) par les ennemis ancestraux de ces derniers les Iroquois (alliés des Anglais). C’est un monde à la complexité saisissante qui se joue devant nos yeux. Capables des pires cruautés et tortures comme d’un amour envers la nature confondant, les Amérindiens sont vus ici non sous le jour du bon ou du mauvais sauvage, mais sous le jour du regard que pouvait porter l’un sur l’autre les missionnaires et soldats Français Blancs et les Indiens. L’histoire des trois personnages principaux (un Jésuite, un chef guerrier Huron et une jeune fille Iroquoise de naissance) forme une fresque a peu d’égal. Le style comme à chaque fois chez Boyden est sublime, les rebondissements sont présents dans une atmosphère crépusculaire qui sied parfaitement à ce roman. On assiste à la chute d’un monde sous nos yeux. Boyden démêle avec un talent sidérant les écheveaux de ce combat perdu d’avance. La fin dont je ne vous dévoilerais bien entendu pas la teneur est d’une rare acuité quant aux enjeux soulevés à cette période en Nouvelle France. J’ai aimé passionnément ce livre qui est, et le mot n’est ici pas galvaudé, un immense roman au dépaysement garanti et à la violence assumée. Je vous le recommande chaudement. Ma note:♥♥♥♥♥/5.

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Cinéma : « Ex Machina »

467751L’Histoire : À 26 ans, Caleb est un des plus brillants codeurs que compte BlueBook, plus important moteur de recherche Internet au monde. À ce titre, il remporte un séjour d’une semaine dans la résidence du grand patron à la montagne. Mais quand Caleb arrive dans la demeure isolée, il découvre qu’il va devoir participer à une expérience troublante : interagir avec le représentant d’une nouvelle intelligence artificielle apparaissant sous les traits d’une très jolie femme robot prénommée Ava.

Pour son premier long métrage Alex Garland nous plonge dans les arcanes de l’intelligence artificielle. Un thème qui n’est pas novateur puisqu’il est un grand classique des films d’anticipation depuis longtemps déjà. Prix du jury au festival de Gerardmer c’est avec une certaine curiosité que j’ai appréhendé ce « Ex Machina ». Est-il à la hauteur de sa réputation plutôt flatteuse ? Une idée certes pas neuve qui méritait un traitement pour le moins non conventionnel. Or c’est là que le bas blesse, le scénario est cousu de fils blancs, les dialogues se veulent intelligents mais ils ne suscitent au mieux qu’un ennui poli, au pire un sauve qui peut. Sous ce fatras philosophique de bazar, les décors, les effets spéciaux, tout semble froid et suffisamment calculé pour procurer telle ou telle réaction chez le spectateur. L’ensemble vous l’aurez compris ne convainc pas et ce n’est pas la performance des acteurs qui sauvera la mise ici. On la qualifiera de terne. Je reste poli. Une mise en scène ampoulée et par trop démonstrative, le film virant carrément au grotesque dans son dernier quart d’heure. A trop vouloir nous démontrer sa maestria, l’auteur sombre corps et âme dans cette succession de poncifs sur l’IA, nous livrant une œuvre suffisante, infatuée d’elle même. C’est évidemment rageant car ce sujet méritait mieux qu’une énième relecture en mode Télérama. Au secours !

Ma note:♥♥1/2     /5.

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« L’homme révolté » Albert Camus – « Le collier rouge » Jean Christophe Rufin – « La Rebelle, femme médecin au Moyen Age » Valeria Montaldi 

camus_homme_revolteL’Histoire : Deux siècles de révolte, métaphysique ou historique, s’offrent justement à notre réflexion. Un historien, seul, pourrait prétendre à exposer en détail les doctrines et les mouvements qui s’y succèdent. Du moins, il doit être possible d’y chercher un fil conducteur. Les pages qui suivent proposent seulement quelques repères historiques et une hypothèse de lecture. Cette hypothèse n’est pas la seule possible ; elle est loin, d’ailleurs, de tout éclairer. Mais elle explique, en partie, la direction et, presque entièrement, la démesure de notre temps. L’histoire prodigieuse qui est évoquée ici est l’histoire de l’orgueil européen.
Les idées défendues dans cet essai majeur de l’œuvre d’Albert Camus « L’homme révolté » sont aujourd’hui admises par l’essentiel des intellectuels et hommes de bonne volonté du XXIème siècle. Pourtant, il est important de se souvenir combien il était courageux, périlleux dans ces années de l’immédiat après guerre, de s’engager philosophiquement contre tous les totalitarismes, contre les nations et le nationalisme. « L’homme révolté » publié en 1951, est le grand livre anti-totalitaire et antifasciste dans un temps où la plupart des intellectuels communient dans le totalitarisme marxiste léniniste. Le caractère anticapitaliste et anticommuniste de l’ouvrage lui vaut des inimités de la gauche, de la droite et des extrêmes bien sûr. Un essai aux accents prophétiques, impressionnant d’érudition, une relecture par Camus des évolutions de l’esprit de révolte, des penseurs qui l’ont façonnés. La révolte est abordée sous ses aspects métaphysique, historique, et artistique. Camus écrit dans l’introduction de « L’homme révolté » ces mots que je trouve sublime : «  Le jour ou le crime se pare des dépouillements de l’innocence, par un curieux renversement qui est propre à notre temps, c’est l’innocence qui est sommée de fournir ses justifications. L’ambition de cet essai serait d’accepter et d’examiner cet étrange défi. » Face aux attaques des surréalistes et de Sartre, Camus défend ainsi ses idées avec le courage de celui qui est seul contre tous ou presque. Pour Faulkner « Camus disait que le seul rôle véritable de l’homme, né dans un monde absurde, était de vivre, d’avoir conscience de sa vie, de sa révolte, de sa liberté. » Un Camus placé « à mi-distance de la misère et du soleil » comme il aimait à le rappeler. Au « Je me révolte, donc nous sommes », il ajoute, méditant de prodigieux desseins et la mort même de la révolte : « Et nous sommes seuls. » J’apprécie également tout particulièrement cette idée lumineuse qui semble si évidente où il nous invite à dépasser le nihilisme : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. » Un ouvrage qui nous ouvre les portes d’une réflexion qui aujourd’hui, plus que jamais, à toute sa place. Ma note:♥♥♥♥♥/5.

1L’Histoire : Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l’été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d’une caserne déserte. Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère. Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes. Trois personnages et, au milieu d’eux, un chien, qui détient la clef du drame… Plein de poésie et de vie, ce court récit, d’une fulgurante simplicité, est aussi un grand roman sur la fidélité. Être loyal à ses amis, se battre pour ceux qu’on aime, est une qualité que nous partageons avec les bêtes. Le propre de l’être humain n’est-il pas d’aller au-delà et de pouvoir aussi reconnaître le frère en celui qui vous combat ?

Jean Christophe Rufin est un auteur que j’apprécie tout particulièrement. « Le collier rouge » confirme le talent de ce dernier. L’histoire est toute simple mais ne manque néanmoins pas de profondeur, les personnages sont mus par des sentiments qui permettent d’aborder avec intelligence la question de la loyauté, de l’attachement. Ce contexte particulier de la fin du Premier conflit mondial est propice à cette mise en abîme. Peut-on rester fidèle à ses idéaux au risque de passer à côté de sa vie ? Doit-on tout sacrifier au nom d’un idéal, fût-il le plus beau ? L’ensemble est toujours aussi bien écrit, le récit est court et se lit avec délice. Une interrogation certes pas nouvelle mais qui est ici appréhendée avec une profonde intelligence. Ma note:♥♥♥♥♥/5.

2L’Histoire : Sous le règne de saint Louis, Caterina exerce la médecine à Paris, à l’Hôtel-Dieu, malgré l’hostilité de ceux qui l’entourent. Libre, devenue enceinte, elle découvre trop tard que son amant est déjà marié, et elle décide alors d’assumer seule son destin. C’est l’époque où la dissection des cadavres, interdite par l’Eglise, se fait en cachette. Mais le groupe auquel elle appartient est dénoncé et ses confrères masculins décident lâchement de lui faire porter l’entière responsabilité du délit. Abandonnée par tous, Caterina parvient à s’enfuir en Italie où, plus passionnée que jamais par son métier qu’elle reprend à l’hôpital, elle lutte jusqu’au bout de ses forces contre la jalousie et la misogynie de ses confrères. C’est une vie extraordinaire qu’évoque ce magnifique roman de Valeria Montaldi qui s’est fondée sur des documents authentiques. Car, contrairement à ce qu’on croit, il y eut bel et bien des femmes médecins au Moyen Age !

« La Rebelle, femme médecin au Moyen Age » est le premier ouvrage traduit de cette auteure italienne Valeria Montaldi. L’atmosphère de ce livre est un de ses points forts. C’est prenant et l’histoire gagne même en intérêt au fur et à mesure de la lecture. Le style n’est pas transcendant certes mais qu’importe, les amateurs de romans historiques y trouveront leur compte. La reconstitution est plutôt bien vue et les personnages assez finement décrits. Un livre d’été en somme. Ma note:♥♥♥♥1/2 /5.

Cinéma : « Jurassic World »

422000L‘Histoire : L’Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d’attraction. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.

Impossible de passer à côté du phénomène « Jurassic World » qui secoue la planète ciné depuis sa sortie il y a quelques jours de cela, faisant tomber les records dont celui du film ayant rapporté le plus d’argent en un week-end d’exploitation avec 500 millions de dollars de recette accumulée. Alors que la suite est d’ors et déjà dans les tuyaux chez Universal, l’on peut légitimement se poser la question de savoir si oui ou non le film mérite son succès ? Ce revival des T-Rex à la sauce Spielberg a été astucieusement maîtrisé par l’équipe de « Jurassic World ». N’y allons pas par quatre chemins, ce film signé Colin Trevorrow remplit son cahier des charges sans réussir toutefois à nous faire oublier l’œuvre de Spielberg. Entre les deux réalisateurs il y a un gouffre. L’intelligence de Trevorrow c’est d’en être justement conscient et puis ce dernier a un atout dans sa manche : Chris Pratt, le héros des Gardiens de la Galaxie est à « Jurassic World » ce que Harrison Ford était à « Indiana Jones ». Un acteur adepte de la coolitude qui sait dresser des vélociraptors par son simple charisme. Un acteur hollywoodien jusque dans les stéréotypes du genre mais qui possède un second degré inné et un art consommé pour les poses de héros. Il porte littéralement le film. Le reste est un jeu gagné d’avance avec les moyens donnés aux effets spéciaux, au tout numérique, l’humour présent, notre Omar Sy qui joue ans un tout petit rôle (si si) et puis ce côté geek assumé mêlant séquences de terreur (ah ce T-Rex génétiquement modifié) et autres délires visuels qui nous font nous dire que décidément avec ces américains l’on en a pour son argent ! Le tout est foutraque à souhait, l’histoire sans réel intérêt et les péripéties vues et revues mais que voulez vous l’astuce du long métrage c’est d’avoir sût également faire de la place pour l’aspect hommage du film dans le film avec des clins d’œil ici et là sur le Jurassic Park made in Spielberg. Vous l’aurez compris, nulle déception pour ma part. On passe un bon moment de cinéma. Le film de cet été 2015 ? Ma note:♥♥♥♥1/2 /5.

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Cinéma : « A la poursuite de Demain » de Brad Bird

103194L‘Histoire : Casey, une adolescente brillante et optimiste, douée d’une grande curiosité scientifique et Frank, un homme qui fut autrefois un jeune inventeur de génie avant de perdre ses illusions, s’embarquent pour une périlleuse mission. Leur but : découvrir les secrets d’un lieu mystérieux du nom de Tomorrowland, un endroit situé quelque part dans le temps et l’espace, qui ne semble exister que dans leur mémoire commune… Ce qu’ils y feront changera à jamais la face du monde… et leur propre destin !

« A la poursuite de Demain », un titre improbable pour une conjonction tout aussi surprenante entre George Clooney et Brad Bird (réalisateur des « Indestructibles »), le tout servi avec une affiche ne donnant pas la moindre foutue idée de ce dont parle cet ovni du divertissement. Oui je parle bien d’un objet non identifié car il faut être sacrément culotté pour croire qu’en 2015, l’on puisse se divertir avec une histoire de science fiction qui nous présente notre futur sous un angle résolument optimiste. Quoi de l’optimisme ? Vous êtes sûr que l’on souhaite parler d’un futur où les choses iraient mieux.. dans cette sinistrose ambiante où l’on ne parle plus que de ce qui ne va pas et où l’on jette en pâture les derniers des rêveurs, un monde où le cynisme conspue l’idée d’absolu, où le dernier n’est malheureusement pas prêt d’être le premier, vraiment vous croyez ? C’est le pari fou de Brad Bird qui nous donne à voir un univers visuellement cohérent, non dénué d’humour et où malgré un fatras philosophique de comptoir pioché dans la méthode Coué du ça va allez, nous éprouvons un réel plaisir de découvrir à nouveau ces divertissements sonnant comme autrefois. Rien de révolutionnaire mais une douceur, une force tranquille qui émane de ce film et qui nous rend, l’espace de quelques minutes, voir quelques heures après ce dernier, heureux d’être là malgré tout. Au box office, les pessimistes diront que c’est un échec, ces mêmes pessimistes diront que Brad Bird ne réussi qu’à moitié son pari et que le final en mode fourre tout est pour le moins décevant. Les optimistes dont je suis aujourd’hui, vous diront à l’inverse que la candeur et les bonnes ondes émanant de ce long métrage sont pour le moins communicatives. Alors oui les scénarios catastrophes et les images de fin du monde sont plus vendeuses de nos jours que ces images idylliques mais pour les quelques curieux encore prêt à rêver, à fantasmer le monde de demain, le voyage vaut la peine d’être vécu.

Ma note:♥♥♥♥1/2 /5.

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Musique : Florence & the Machine « How Big, How Blue, How Beautiful » – Jacco Gardner  « Hypnophobia »

3Florence & the Machine « How Big, How Blue, How Beautiful »

On préfère toujours l’original à la copie. Loin des pastiches inondant les radios, il reste encore fort heureusement quelques artistes au talent certain qui allient plaisir, qualité et succès. Florence and The Machine fait partie de ce rare cercle d’élu(e)s. Son troisième album « How Big, How Blue, How Beautifu» sort aujourd’hui et confirme tout le potentiel décelé dans ces deux précédents albums. Cinématographique et envoûtant comme sur le titre éponyme du LP, luxuriant et volontiers planant sur « St Jude » ou encore la très belle ballade « Mother » qui clôt de façon majestueuse un disque où les titres rappelant furieusement un univers qu’elle nous a déjà invité à visiter sont légions. « What Kind of Man » ou « Delilah » et tant d’autres qui sonnent comme autant de réminiscences assumées par l’artiste. Le meilleur pour la fin, il y a toujours cette voix puissante et si pleine d’énergie qui fait des miracles sur de nombreux titres qui sans cet atout majeur sonneraient de façon plus communes. Nul dépaysement ici, c’est à la fois sa force mais aussi sans doute un peu de sa faiblesse. Florence and The Machine poursuit son chemin et nul doute que le succès sera à nouveau au rendez-vous. Ma note:♥♥♥♥♥/5.

http://www.deezer.com/album/10297388

2Jacco Gardner  « Hypnophobia »

Second album et déjà un tournant dans la carrière de Jacco Gardner avec son « Hypnophobia » qui ne laissera pas indifférent. Confirmation avec moins d’évidence certes, mais tout de même, des talents de mélodiste du musicien mais également une désagréable sensation que sur certains titres qui s’étirent en longueur, Gardner a manqué quelque peu de discernement. L’ensemble sonne comme un hommage rétro-futuriste aux années psychédéliques. Les plages instrumentales sont agréables certes mais il manque à ce disque une véritable ligne directrice cohérente ainsi qu’une colonne vertébrale de titres forts. Plagiat ou génie ? Sans doute une pincée des deux. A vous de juger. Ma note:♥♥♥1/2 /5.

http://www.deezer.com/album/10101462

 

 

« L’ordre libertaire : La vie philosophique d’Albert Camus » de Michel Onfray – 2ème Partie

1Le meilleur du livre d’Onfray se situe dans ce long chapitre sur la guerre civile en Algérie. On y voit un Camus poignant, luttant de toutes ses forces pour tenter de trouver une issue, une sortie de crise possible. Las, après avoir été lynché médiatiquement, Camus meurt le 4 janvier 1960, sans avoir vu l‘issue du conflit. Cela ne l’empêchera pas de prédire dans ses écrits avec une grande justesse ce qu’il allait advenir en cas de victoire du FLN en Algérie. Ce conflit en Algérie fût un véritable crève cœur pour un penseur qui se vivait davantage comme un Africain du Nord plutôt que comme un Européen. C’est suffisamment fort pour être noté. Comment Camus a-t-il pensé et vécu la guerre civile ou guerre d’Algérie ? Sur la question algérienne, Camus a été sali, caricaturé, méprisé et le pire de tout ignoré quant à ses propositions. Il fût toujours opposé au système colonial. Le colonialisme est « une œuvre dont aujourd’hui nous ne sommes pas fiers ». Il dénonce les injustices faites aux arabes et se bat en tant que journaliste et écrivain pour plus de liberté, plus d’humanité. Un journalisme qu’il conçoit comme une éthique, un combat politique et un engagement philosophique de tout les instants. « Le régime de travail en Kabylie est un régime d’esclavage » écrit Camus en mesurant le poids des mots. Un régime d’esclavage imposé par la métropole en Algérie. La critique est sans appel.

Il faut bien saisir ceci, il pense la guerre en Algérie comme une guerre civile en Afrique, et 4non pas comme un mouvement de libération nationale emmené par le FLN. Pourtant, parce qu’il n’a pas comme Sartre, entre autres, soutenu le FLN, certains ont laissé croire qu’il embrassait la cause de l’Algérie française. C’est un mensonge éhonté. Parce que cette terre porte une multitude de communautés et de peuples, des religions différentes, Camus ne souhaite pas une indépendance de la nation Algérienne. Il lui aurait préféré une fédération de communauté concrète et pragmatique. Une « Algérie constituée par des peuplements fédérés et reliée à la France () » Un projet fédéraliste, laïc et pragmatique qui s’oppose de fait au souhait du FLN nationaliste, religieux et idéologique. Son Algérie est multiple et non exclusivement arabo-musulmane. Son grand rêve, que l’on réalise un véritable «  Commonwealth français ».

3281904Camus veut le dialogue. Il en appelle à l’État : on ne répond pas au terrorisme nationaliste algérien par le terrorisme légal de l’État français. Il le répète inlassablement, avant la seconde guerre mondiale, après Sétif (de 1945 à 1954), puis après la Toussaint rouge (1954) et les massacres de Philippeville (1955), mais la guerre continue de plus belle avec en septembre 1956 les attentats d’Alger et en mai 1957 les massacres de Melouza. La politique de terreur du FLN se poursuit pour asseoir leur hégémonie chez les arabes. Camus critique les deux terreurs : celle du tortionnaire français, celle du poseur de bombe algérien.

C’est dans ce contexte qu’il obtient, en octobre 1957, le prix Nobel qui lui est remis en Suède le 10 décembre de la même année. Nous sommes le jeudi 12 décembre 1957, à la maison des étudiants de Stockholm, Camus accepte une rencontre plutôt qu’une conférence. Un urljeune Algérien l’interpelle : « vous n’avez rien fait pour l’Algérie (). L’Algérie sera libre ! ». Camus lui répond : «() J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice ». Cette dernière phrase va tuer Camus. Un journaliste du Monde relaie l’information et tous du Monde et son patron ancien pétainiste Hubert Beuve Méry à Beauvoir, tous tiennent là l’occasion de salir Camus là même où il est le plus irréprochable : son combat pour la justice.

Ps : Je viens de franchir la barre des 100 000 visiteurs en un peu moins de trois ans de présence sur wordpress. Un grand merci à toutes et à tous ! Vous faites vivre ce blog et moi de continuer l’aventure de ce dernier créé en juin 2007 ! Turgarez vras d’an holl ! Frédéric.

Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a "Combat" en 1945    --- Albert Camus (1913-1960) french writer here in 1945 in in office at paper "Combat"

Albert Camus (1913-1960) ecrivain ( prix Nobel de litterature en1957), journaliste redacteur en chef du journal Combat de 1944 a 1947 ici dans son bureau a « Combat » en 1945 — Albert Camus (1913-1960) french writer here in 1945 in in office at paper « Combat »